Chine – Visite du Yunnan et du Sichuan

Visite du Yunnan (vendredi 13 mai – dimanche 15 mai 2016)

J’avais demandé à l’ambassade de Chine à Ha Noi un visa de 1 mois, mais celle-ci ne m’avait accordé que 2 semaines. Si 1 an n’est pas suffisant pour bien visiter l’Inde (6 fois plus grande que la France), que dire de 2 semaines dans un pays 3 fois plus grand que l’Inde ? J’ai donc du m’adapter et la visite de la province du Yunnan a été raccourcie à 3 jours.

Kunming

J’ai débarqué dans la capitale de la province, en train depuis la frontière du Vietnam (à 415 km), au milieu d’une grande ville moderne, avec de larges rues et des immeubles, à la recherche de mon hôtel caché dans les étages d’une tour. Si j’étais bien à proximité de l’hôtel, trouver l’entrée a été un peu la galère. J’ai donc demandé mon chemin à un jeune qui ne connaissait pas la ville, mais qui a pris 1 heure de son temps pour se renseigner, trouver le numéro de téléphone de l’hôtel sur internet et appeler le propriétaire pour venir me chercher. C’était mon premier contact avec la Chine : j’ai découvert la serviabilité des Chinois spécialement chez les jeunes et même par la suite au sein de la police. Une fois posé, j’ai pu partir à la découverte de la ville et aller visiter les 2 choses qui ont motivé ma venue ici.

  • Yunnan Nationalities Museum : ce musée gratuit présente toutes les minorités de la province et par extension de la Chine. On y trouve une présentation des différentes minorités, une carte montrant la répartition et une exposition de différents objets. Avec le recul, c’est clairement pour moi le meilleur musée que j’ai pu visiter ;
  • Yunnan Nationalities Village : c’est un village spécialement créé pour présenter les différentes minorités ethniques, chacune ayant sont chez-soi. Le but est de permettre aux visiteurs de découvrir un peu les spécificités des uns et des autres au même endroit. Pour ceux qui parlent chinois, c’est possible de discuter avec ceux qui vous accueillent (2-3 personnes) ; leur travail dans ce village est de faire comme s’ils vivaient une journée ordinaire. Il est possible d’aller dans les vrais villages des minorités ethniques et parfois il faut payer pour aller les visiter (entre autre les villages mentionnés dans les guides touristiques). L’entrée du village artificiel est payante, tout est conçu pour le visiteur (donc rien de naturel), mais cela permet de découvrir des réalités qui n’existent presque plus dans les pays occidentaux. Côté éthique : chacun appréciera ou pas le fait de payer pour rencontrer des gens qui font semblant d’avoir une vie ordinaire. Si j’ai accepté de payer, c’est uniquement parce que tout est artificiel, sinon je ne l’aurais pas fait.

Si un jour je reviens en Chine, j’essaierai de pendre plus de temps dans cette province où vivent de nombreuses minorités ehniques.

Visite du Sichuan (lundi 16 mai – vendredi 3 juin 2016)

J’ai passé 2 semaines dans cette province. Initialement, c’était Chengdu-Larung Gar-Chengdu en 5 jours ; mais avec les imprévus, j’ai du changer mon itinéraire…

Litang

La communauté tibétaine

La région que j’ai visitée entre le Tibet (à l’est) et Chengdu (à l’ouest), vit là une partie de la communauté tibétaine, dans les montagnes entre 2500 m et 6000 m d’altitude. J’avais rencontré un bout de cette communauté en exil au Ladakh et au Sikkim en Inde, mais me voici du côté où ce peuple est constamment opprimé. C’est une communauté de priants gardé par le Dalai Lama, qui se bat pour conserver son identité et sa culture, mais garder la paix pour ne pas envenimer les choses est difficile. Cette région est bien gardée par la police, qui a installé des check post pour contrôler les allées et venus des véhicules et placé des caméras un peu partout (comme dans tout le pays). Officiellement, la région est visitable librement (pour visiter le Tibet, il y a des contraintes), mais il arrive parfois que les étrangers peuvent être prié par la police de quitter un endroit pour des raisons que vous ne saurez jamais.

Accéder à cette région, prend du temps, aussi peu de touristes vont la visiter. Pour remédier à cela, le gouvernement investit des sommes colossales pour construire des autoroutes de préférence en ligne droite, avec des tunnels et des ponts s’il le faut. Lorsque tout cela se terminé dans les proches années qui viennent, le tourisme pourra se développer et noyer (pour moi) la culture tibétaine dans la culture de consommation. Personnellement, je vois cela comme la meilleure solution moderne pour éliminer une culture : diluer une culture par une autre ; c’était le même principe du temps où le peuple juif était en exil à Babylone. Je dis cela, car je crois vraiment que le peuple tibétain n’a pas un besoin impératif du tourisme pour vivre, il désire juste vivre en paix.

Ma Er Kang

Après une nuit de train, je suis arrivé à Chengdu, à 900 km au nord-est de Kunming. Sitôt arrivé, sitôt reparti en bus pour aller vers la destination qui me tenait tant à cœur : Larung Gar à 600 km au nord-ouest dans les montagnes. En allant glaner les informations à la station routière, j’ai rencontré un espagnol et une japonaise qui y allaient aussi, mais avec un arrêt à Ma Er Kang à mi chemin. Je les ai suivis. 7 heures de bus plus tard, nous sommes arrivés vers 20h30, puis nous nous sommes mis à la recherche d’un hôtel le moins cher possible (les prix sont chers dans la ville). Par chance, l’espagnol parle le chinois et en discutant avec des jeunes, ceux-ci nous ont emmenés dans un hôtel caché au 13ème étage d’une tour et nous avons pu nous loger à prix correct (80 yuans au lieu de 200 yuans). L’hôtel (un appartement avec plusieurs chambres) est introuvable si l’on ne connaît pas son emplacement car il n’est mentionné nulle part. Ensuite, il faut trouver les responsables pour qu’ils vous ouvrent les portes. Ouf, pour cette fois-ci.

Le lendemain, nous prenons le seul bus pour Seda (à 15 km après Larung Gar), pour 7 heures de route. A 80 km avant l’arrivée, au check post de Wengda, les policiers arrêtent le bus, et disent aux 3 étrangers de descendre avec les bagages. Ce n’est pas possible de continuer, car trop dangereux (officieusement, c’est à cause du festival du moment à Larung Gar). Après quelques minutes d’attente, nous avons pris un taxi partagé direction Luhuo la ville voisine ou l’Espagnol et la Japonnaise se sont arrêtés, puis j’ai continué jusqu’à Ganzi. Avec 2 semaines de visa, je ne pouvais pas me permettre de rester sur place, j’ai donc fait un circuit dans les montagnes.

Ganzi (3400 m)

Ville mentionnée dans les guides touristiques, qui est pour moi sans grand intérêt comparé à d’autres lieux que j’ai visité par la suite.

Litang

Litang (~4000 m)

A 257 km au sud de Ganzi, c’est un des lieux que j’ai apprécié de mon circuit, non pas pour la ville en elle-même qui se modernise à toute vitesse, mais pour les espaces qu’il y a autour ainsi que les temples tibétains à visiter. Ici, les Tibétains passent leur temps à prier en permanence et les temples ne sont jamais vides. Tout autour de la ville, l’on peut sauter de montagne en montagne et traverser d’immenses prairies en ligne droite car il n’y a presque plus de végétation.

Les lieux visités

  • Former Residence of the 7th Dalai Lama : c’est la maison natale de Kelzang Gyatso (1708–1757), qui est devenu par la suite le 7ème Dalaï Lama ; enfin pour certains car tous les Tibétains ne sont pas d’accord là-dessus. La maison est maintenant un lieu de prières ;
  • Le temple dans le centre ville : le nom de ce temple n’est pas mentionné, il est situé à l’angle d’une petite rue et de la rue principale. Les fidèles viennent prier ici tout au long de la journée, tourner les rouleaux à prières autour du stupa ainsi que tourner un immense rouleau à prières dans le temple ; 
  • Ke’ersi Temple : situé au nord de la ville en peu en hauteur, c’est un grand complexe où vivent des moines. Les temples étaient en travaux, au moment de mon passage, je n’en ai donc pas beaucoup profité. A côté du complexe, l’on peut monter sur une petite colline qui offre une magnifique vue sur la ville et les alentours ;
  • Sky Burial : situé au milieu d’une prairie, c’est ici que les cadavres des Tibétains sont mangés par les vautours, tous les jours au lever du soleil. C’est la première fois que j’assiste à ce genre de cérémonie, qui est pratiqué dans le bouddhisme tibétain. Ce jour là, il y a avait 2 cadavres pour les vautours : les corps sont lacérés, les vautours mangent les corps, les os sont broyés et les vautours finissent les restes. Le plus important est d’essayer de comprendre la signification et je vous renvoi pour cela à l’explication que j’ai mise sur la page des photos.

Kangding (2500 m)

A 290 km à l’est de Ganzi, Kangding est située dans une vallée. Il y a la vieille ville, tout en longueur, puis la nouvelle ville à 10 km plus au nord. Si la vieille ville mérite que l’on s’y arrête une journée maximum, la nouvelle ville n’a absolument aucun intérêt. Ici, j’ai pu demander une extension de visa de 1 mois au Public Security Bureau (j’ai appris cette possibilité en cours de route). Contrairement au visa où il faut fournir des justificatifs, la demande d’extension est très simple : remplir 5 cases sur le formulaire de 4 pages, une photo d’identité, un justificatif de logement à l’hôtel et un numéro d’enregistrement à chercher dans un studio photos. J’ai ainsi eu 1 mois de plus pour continuer ma visite en Chine (youpi). Durant le temps d’attente, je suis allé me promener à Tagong.

Tagong

Tagong (3750 m)

A une centaine de kilomètres au nord-ouest de Kangding, le responsable de l’hôtel m’avait parlé de ce lieu qu’il appréciait beaucoup pour ses grandes prairies (grassland). Comparé aux autres villes que j’ai visitées, Tagong est tout petit et l’on se retrouve en pleine nature en 5 minutes. Le tourisme se développe lentement, il y a de plus en plus d’hôtels, et les tibétains en profitent un peu. Le sommet à proximité qui donne un point de vue sur le village est devenu payant, ainsi que les 2 temples du vilage. Je suis resté ici 2 jours et j’ai bien profité du beau temps pour visiter les alentours.

Anecdote : La semaine où j’étais, internet était coupé dans tout le secteur pour une semaine (fixe et mobile). Pourquoi ? Apparemment à cause des protestations des Tibétains sur certaines choses contre le gouvernement…

Les lieux visités

  • Lha Gang Tibetan Monastery : ce monastère est situé en plein milieu du village, tous les touristes le visite. C’est un beau monastère qui mérite d’être visité pour ceux qui ne connaissent rien à la culture tibétaine. L’entrée est payante, mais j’ai pu entrer gratuitement. A côté se trouve une belle boutique monastique où il y a tout ce qu’il faut pour pratiquer le bouddhisme ;
  • Une entreprise de fabrication de poteries : situé à 30 minutes à pied de Tagong, j’ai aperçu ce lieu du haut des sommets alentours. La fabrication des centaines de poteries est entièrement faite à la main, par des dizaines de travailleurs. La terre est récupérée autour de l’entreprise (il y a d’énormes trous), puis mis dans un moule, puis démoulée en forme de temple, puis séchée pour être vendu. C’est assez incroyable vu les quantités produites, ça doit apparemment bien se vendre. A la fin de la journée, vers 17h30 tout le monde se réunit à proximité et prie tous ensemble sous la direction de 3 moines venu pour l’occasion ;
  • Serkyi Gyelgo : ce village est situé à 6-7 km en ligne droite, à travers champs (en sautant 3 clôtures) ou bien 10-11 km par la route, c’est l’occasion d’une belle ballade pour aller visiter 2 monastères. Celui des moines se trouve dans une immense enceinte (la plus grande que j’ai jamais vu), le temple a plutôt la forme d’un cube avec une multitude de poutres en bois. Celui des moniales (le premier que je visite) est beaucoup plus petit et la disposition intérieure est pratiquement la même que chez les moines. Par contre, j’ai été prié de faire le tour rapidement avant de me faire éjecter ! Si les moines sont ouvert à la conversation, ce n’est pas le cas avec les moniales ; du moins envers les hommes.

Larung Gar

Larung Gar (~4000 m)

Ayant eu une extension de 1 mois sur mon visa, je ne voulais vraiment pas partir de la région sans visiter Larung Gar. J’ai donc pris le risque de faire 426 km et de me faire peut-être refouler au check post de Wengda,  10 jours après mon premier passage. J’ai effectué le trajet en taxi partagé avec un changement de véhicule à Luhuo. Avec une petite appréhension durant le trajet, le taxi a passé le check post vers 18h30, vitre noires fermées… sans difficultés puisque le check post était fermé. Ouf ! Quelques dizaines de minutes plus tard et me voici enfin arrivé à destination.

Sitôt sorti du taxi, je rencontre un Brésilien qui vient de se faire attraper par la police et qui a reçu l’ordre de quitter les lieux après plusieurs jours sur place. Ambiance…  Si je veux rester, je dois me faire discret et me fondre dans la foule. Cela dit, il m’a trouvé un hôtel local mais à des prix élevés. Je me dirige donc vers le seul hôtel mentionné dans mon guide touristique qui est censé accueillir des étrangers. Sitôt arrivé, sitôt reparti, l’hôtel n’accepte plus les étrangers et la nuit est déjà là. Je demande à un moine s’il connaît un endroit où je pourrais loger, et celui-ci me ramène au premier hôtel. Par chance, j’ai croisé un visiteur parlant anglais, qui loge dans l’hôtel et qui a pu arranger les choses : j’ai la possibilité de partager la chambre avec d’autres personnes bien que cela ne soit pas un dortoir. Ouf, me voilà logé pour un prix correct. J’ai ainsi partagé la chambre avec un japonais qui parle anglais et un peu le chinois.

Ici, se situe la plus grande et la plus influente université du bouddhisme tibétain, fondée en 1980 par Khenpo Jigme Phuntsok (1933–2004), avec « l’objectif de fournir une formation œcuménique dans le bouddhisme tibétain et pour répondre à la nécessité d’un renouvellement de la méditation dans tout le Tibet, dans le sillage de la Révolution culturelle chinoise de 1966-1976 ». Environ 10 000 étudiants (moines, moniales, laïcs) vivent ici durant plusieurs années dans une des nombreuses cabanes construites pour l’occasion.

Les cabanes se multiplient toujours et encore, sans coordination générale, c’est maintenant devenu un labyrinthe et toutes les cabanes sont entassées les unes sur les autres. Certaines font 2 m², d’autres font 2 étages ; certaines sont sommaire, d’autres très confortable (salle de bain, double vitrage…) ; tout dépend des finances de chacun. Il y a l’électricité, les réseaux mobiles, mais pas d’eau courante, ni de toilettes privatives. L’hiver, les températures peuvent descendre facilement à -30°C. Le gouvernement n’appréciant vraiment pas ce lieu, a détruit en 2001, 2000 habitations ; mais cela n’a pas empêché les constructions de continuer (j’ai vu lors de mon passage des gros travaux de terrassements).

Au centre du village se trouve l’université ainsi que 2 temples où les moines et les moniales prient séparément. Ce lieu n’est pas un sanctuaire à proprement parler, mais l’ambiance est la même. J’ai beaucoup aimé ce lieu, la prière y est fervente toute la journée et les moines sont toujours souriants. Le contact est facile, les moines sont ouverts à la discussion (pas les moniales avec les hommes)… pour peu que l’on parle le chinois ou le tibétain car l’anglais est très peu parlé. Mais qu’à cela ne tienne, c’est surtout l’ambiance qui compte. J’ai eu la chance de croiser un moine qui parle anglais, et j’ai pu discuter un peu avec lui de la mort et du Sky Burial (il y un fossé énorme entre la culture bouddhiste et chrétienne). Comme a Litang, il y a ici un Sky Burial que je n’ai pas visité, car c’est devenu une attraction touristique (à croire que c’est la seule chose qui intéresse les visiteurs). Pour sortir du village, il est possible de marcher sur les hauteurs et d’admirer le village de couleur rouge dans un espace vert.

Officiellement, il n’y a aucune restriction pour aller dans ce lieu et les Tibétains sont heureux de vous accueillir ; mais le gouvernement n’aime vraiment pas les lieux religieux. Pour éviter que cela prenne trop d’ampleur, régulièrement la police chasse les étrangers (pas les Chinois). Malgré cette forme de persécution, il y a un avantage : pas de tourisme de masse, ce qui préserve la qualité et l’ambiance du lieu.

Chengdu

Chengdu

Après Larung Gar, j’ai quitté les montagnes pour revenir à Chengdu via Ma Er Kang, où j’ai passé une nuit dans le même hôtel qu’à l’aller. Chengdu est une ville comme une autre, mais avec un lieu intéressant à visiter : le plus grand centre de recherches sur le panda géant, la mascotte du pays.

Les lieux visités

  • Cheng Du Reasearch Base Of Giant Panda Breeding : c’est un centre de recherches et de soins mais aussi une nurserie qui voit naitre des pandas chaque année. Le panda est une espèce menacée d’extinction, qui existe principalement en chine, aussi des centres ont été créés pour protéger l’espèce. A la naissance, le bébé pèse de 50 à 200 g et mesure de 10 à 14 cm. A l’âge adulte (entre 4 et 7 ans), le panda pèse de 80 à 150 kg et mesure de 120 à 180 cm. Il passe 10 à 12 h (16 h en liberté) pour chercher sa nourriture et manger et se nourrit à 99 % de bambous (2 à 40 kg par jour) ;
  • Aidao Buddhist Nunnery : ancien monastère de moniales, récemment restauré ;
  • Manjushri Buddhist Monastery : ancien temple agréable à visiter.

La province du Sichuan offre bien d’autres lieux et choses à visiter, mais quasiment tout est payant y compris la visite des lieux religieux sacré. Cela dit, je ne regrette vraiment d’avoir passé beaucoup de temps au milieu du peuple tibétain que j’apprécie beaucoup : c’est calme, priant et pour l’instant, très peu de tourisme.

Voir les photos du Sichuan et des minorités ethniques du Yunnan.

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