Inde – Visite et mission à Bengaluru

Plus de 2 mois viennent de passer depuis les dernières nouvelles. Je ne vous oublie pas, je préfère rédiger des nouvelles globales par lieu que je visite plutôt qu’au fur et à mesure.

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-sumanahalli Me voici donc arrivé au centre Sumanahalli tenu par 3 prêtres de la congrégation missionnaire catholique des Clarétains fondé par saint Antoine-Marie Claret, Espagnol (1807-1870). La communauté est présente sur tous les continents. Celle de Bengaluru, tient un important centre dans divers domaines : une léproserie, un établissement pour les malades atteints du HIV, une école, un foyer occupationnel… Pour aider les prêtres, 2 communautés de sœurs catholiques (les sœurs St Joseph de Tarbes et les sœurs Franciscaines de l’immaculée) ainsi que des laïcs de diverses religions (principalement hindous) travaillent dans ce centre en étroite collaboration avec le gouvernement indien. Des partenariats sont aussi noués avec des associations en Europe, qui envoient des volontaires pour un temps de service (en France, les Missions étrangères de Paris – MEP).

Je suis donc arrivé dans ce centre sans aucune mission précise, sans être envoyé par quiconque, simplement par le fait que le directeur ait bien voulu m’accueillir !!! Qu’à cela ne tienne, je suis là pour découvrir la vie locale et rendre service là où on voudra de moi. Le premier jour est dédié à la découverte du site et à mon installation dans une chambre dans la léproserie. Il y a actuellement 2 Françaises envoyées par les MEP pour une mission de 6 mois en tant qu’infirmière.

Le rythme de la journée est relativement léger et cela commence pour les plus courageux par les Laudes à 6h30 suivi de la messe à 7h tous les jours sauf le dimanche (8h). Voilà pour les temps de prières communautaires !!! Pour ceux qui le veulent, il y a en plus la prière du chapelet en fin de journée. En fait, les prêtres étant accaparés par leur travail, ont peu de temps communautaires ensembles.

Le travail

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-jardinJ’ai commencé par travailler au jardin (toujours en fin d’après-midi) avec 3 jeunes qui travaillent en permanence au centre (Prakash professeur de science sociale à l’école du centre, John-Paul séminariste et Manju). Objectif, nettoyer les parcelles de terrain pour y créer des potagers. Ici pas d’engins à moteur, tout se fait à la main avec des outils simples. La récompense du travail est de voir les plantations pousser rapidement grâce à une météo favorable (température de 25-35°C, avec de temps en temps des moussons).

Le matin ayant du temps libre et une connexion internet, j’en profite pour améliorer le blog lentement, très lentement. En fait, la connexion internet lorsqu’elle veut bien fonctionner est très lente, sans compter les coupures de courant… En soit cela permet d’exercer la vertu de patience (merci Seigneur pour ce don).

Puis de fil en aiguille, le directeur voyant que je me débrouille bien en bricolage, en dépannage de voiture, en informatique (les années de vie communautaire ça aide), je me retrouve avec plein de petites choses à faire, celles qui ne se font jamais parce que l’on a jamais le temps pour le faire. Ca tombe bien, je suis là pour ça, rendre service où on a besoin d’aide. Une des petites choses qui m’a pris un certain temps : faire le tri dans le matériel informatique, pour ne garder que ce qui fonctionne.

De même, ayant un bon appareil photo dans la catégorie compact (Fujifilm F660EXR) et me débrouillant bien avec, j’ai donc pris un certain nombre de photos à l’occasion de divers événements pour le centre (ex. : visite du centre par des officiels de l’Etat, la mise en place d’un programme scolaire commune aux écoles catholiques…).

La vie locale

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-vie-localeJe me suis beaucoup déplacé à Bengaluru et dans ses environs pour accompagner les prêtres : messe dans les paroisses, visites de familles chrétiennes, la participation à des journées organisées (ex. : la présentation du programme scolaire commune aux écoles catholiques, la remise des prix pour ceux qui ont collecté de l’argent au profit des œuvres sociales). Cela me permet donc de m’insérer d’avantage dans la vie locale, en connaissant mieux le centre de l’intérieur et de son implication dans la vie quotidienne des Indiens, de mieux connaître les conditions de vie locale des familles.

J’ai aussi fait le tour de tout ce que le centre propose : école, atelier de fabrication de bougies, d’objets en cuir, de vêtements, de poches papiers. Tout ce travail permet à des personnes en situation de handicap de gagner leur vie. La qualité étant au rendez-vous, les produits se vendent bien.

Le fait d’être accompagné par un catholique, permet aussi de mieux comprendre les us et coutumes du pays en ayant les explications qui vont bien (très précieux pour s’inculturer). Si je ne comprends pas quelque chose, je pose la question et j’ai l’explication qui va bien, ce qui est difficile de faire lorsque l’on est un simple touriste. Cela permet aussi d’aller dans des endroits qui ne sont pas mentionnés dans les guides touristiques.

En Asie, si l’on ne comprend pas quelque chose d’important, il ne faut pas hésiter à demander à plusieurs personnes différentes. En fait, les réponses, quand il y en a, sont souvent variées, aussi il est important de recouper les informations pour avoir la bonne information. Une chose à savoir : en général un asiatique répond rarement directement à la question, y répond partiellement, ou n’y répond pas du tout. Bref, ne pas être pressé pour avoir sa réponse.

La vie familiale

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-vie-famillialeLa plupart des logements que j’ai visité sont sobres, souvent 3 pièces (une entrée, une pièce de vie, une pour le reste), un toit tout simple, un point d’électricité et parfois l’eau froide au robinet. Les maisons « modernes » sont plus grandes, possèdent les sanitaires et parfois de l’eau chaude. Dans les maisons, les plus simples, cela n’existe pas ! Les familles encore plus pauvres, vivent dans des bidonvilles, dans des conditions encore plus précaires… C’est impressionnant de toucher aux différentes classes sociales, pour avoir été reçu dans un appartement ultra moderne (dans un bâtiment neuf et luxueux), à la grande maison de campagne dans un parc, à un appartement simple, à une maison très simple, à un boui-boui dans un bidonville.

Une des mesures que souhaite prendre le gouvernement actuel (dit officiellement le 15 août 2014 à la télévision, jour de l’indépendance de l’Inde), est de généraliser l’accès aux toilettes dans les maisons (où juste à côté), afin d’enrayer les problèmes de viols sur les femmes qui sont obligées de sortir la nuit pour aller aux toilettes dehors… Cela peut prêter à sourire, mais ça montre bien que certaines choses essentielles ne sont pas encore acquises pour tout le monde.

Les maisons sont donc petites et c’est souvent toute la famille qui vit ensemble, allant des grands-parents aux petits enfants. La nuit où j’ai dormi dans une de ces maisons dans la région d’Hassan, nous étions 15 pour dormir, je dirais, sur une trentaine de mètres carrés (la maison fait moins du double en surface).

30% des Indiens (sur 1,2 milliard !) vivent dans la pauvreté, souvent dans des conditions de vie sommaire. Et pourtant, j’ose le dire, ils sont loin d’être les plus malheureux sur terre.

J’ai remarqué que dans les pays développés (dont la France), le matérialisme gagne en profondeur chacun d’entre nous (ex. : mon téléphone dernier cri, mes avantages sociaux, le confort du lit, des transports, la sécurité et l’hygiène à outrance…) et nous enferme bien trop souvent chacun sur nous-mêmes (ex. : personne ne se regarde dans le train, des visages tristes, des excès de colère dès que quelque chose ne va pas…). Les pauvres ne vivant pas dans le matérialisme, sont donc naturellement plus sensible aux contacts humains et les rencontres d’autant plus belles et nourrissante ; j’ai toujours été accueilli royalement et gratuitement dans les familles que j’ai visitées. Je dis cela à la condition que de gagner de l’argent ne soit pas une obsession (c’est le cas à Mumbai où les gens pauvres venaient me parler, me faire des cadeaux avec pour unique intention de me demander de l’argent, ce qui n’est pas une vrai rencontre puisque motivée uniquement par l’argent).

La religion

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-religionLe pays est à 80% d’hindous, ~10% de musulmans et seulement 2% de chrétiens (soit environ un tiers de la population française !). C’est la première fois que je me retrouve en situation de minorité religieuse. Nous sommes peu nombreux dans une communauté soudée et priante. Lorsque je vais en paroisse, les messes sont toujours vivantes (homélie, chants…) et les fidèles heureux de venir recevoir l’Eucharistie (avec des visages tout souriant). C’est aussi le cas, par exemple pour les toutes les religions minoritaires en France. C’est une expérience que je vous encourage à vivre une fois dans votre vie, ça change votre regard sur le monde et sur votre foi. En vivant dans une communauté catholique, je me retrouve naturellement en famille. Bien que la culture soit différente, les commandements du Seigneur sont les mêmes pour tout le monde, ce qui nous permet de bien nous comprendre naturellement sur le fond (et en cas de désaccord, de se reporter au magistère de l’Eglise catholique).

D’ailleurs, en visitant la léproserie (non confessionnelle) où je vis, j’ai remarqué que les signes chrétiens sont présent dans toutes les pièces, notamment celle du sacré cœur de Jésus. Le mardi soir un temps de prière catholique est proposé et les résidents, tous hindous, viennent y participer (vive l’évangélisation). Et pourtant, j’ai remarqué qu’aucun ne vient à la messe le dimanche, ne serais-ce que pour avoir un moment tous ensembles en dehors du mardi (pour éviter d’avoir d’un côté les catholiques et de l’autre les hindous vivant dans un environnement catholique). J’ai au bout de quelques jours pu poser cette question à John-Paul, avec qui j’ai eu une très belle discussion sur l’évangélisation. Ma remarque est judicieuse, il est aussi nécessaire de prendre en compte tout un tas de choses (sans rentrer dans les détails), entre autre que la conversion d’un hindou est interdite ! Du coup, l’évangélisation passe par la façon dont on vit sa foi, la manière de s’exprimer, la façon de prendre soin de son prochain, de vivre des commandements que le Seigneur nous a donnés… (Jc 2,18). Excellent moyen d’exercer le don de l’humilité.

En Inde, il y a une trentaine de jours fériés dans une année, dont une vingtaine liés aux fêtes hindous. En 2 mois à Bengaluru, j’en suis à mon cinquième jour !!! Qui veut venir travailler en Inde ?

Ma santé

Mes oreilles m’ont causé quelques soucis, ce qui m’a valu au mois d’août un petit tour à l’hôpital voir un ORL pour traiter cela (le 22 août). Je me suis donc pris une semaine de traitement de choc avec 5 médicaments. 2 semaines après, mes oreilles me refont défaut avec une infection qui me met au lit pour plusieurs jours (plus d’énergie pour faire quelque chose). Là aussi, j’ai droit à un nouveau traitement de choc de 4 médicaments avec un médecin généraliste. Les choses ne s’améliorant pas vraiment, j’ai fini par aller voir un autre médecin dans un autre hôpital, qui m’a fait arrêter 2 médicaments à l’origine de mes douleurs d’estomac… C’est la première fois de ma vie que je prends autant de médicaments… Il y a de très bons médecins en Inde, toutefois, il y a une tendance générale à sur-doser les médicaments. De ce que l’on m’a dit, c’est important pour un médecin de réussir à soigner un malade, question de fierté (si si). Du coup, maxi-dose sur les médicaments pour être sûr de réussir à soigner. Sauf qu’avec trop de médicaments, c’est plutôt l’inverse qui risque de se produire…

La santé des résidents

art-bengaluru-nouvelles-du-25-septembre-2014-sante-des-residentsAu milieu de tout ce que propose le centre, il y a une maison réservée pour ceux qui sont atteint de la lèpre. C’est aussi là que se trouve ma chambre, au milieu des résidents. Rassurez-vous, la lèpre en soi n’est pas contagieuse, à moins d’avaler les postillons de ceux qui sont malade. En fait, tous les résidents sont guéris de la lèpre, toutefois les séquelles sont irréversibles : perte d’un membre, membre atrophié, blessures profondes… La lèpre attaque les nerfs, ce qui fait que les malades deviennent insensibles à la douleur… Pour avoir fait un nettoyage et un bandage des plaies (mon premier soin), c’est assez impressionnant d’être face à la nature humaine, blessée et dont je dois prendre soin, d’autant plus lorsque le membre est insensible à la douleur…

Les résidents hindous choisissent librement de venir vivre au centre ; pour la plupart, cela évite l’isolement chez eux. Même si les conditions de vie ne sont pas forcément extraordinaires, cela permet au moins de rencontrer du monde, d’être nourris et d’être soigné.

Au cours de mon séjour, 3 d’entres eux sont décédés, j’ai pu donc assister en partie aux funérailles en rite hindou. Enfin, pour deux d’entre eux, parce que la famille s’en est occupé. Concernant le troisième, la famille n’a pas voulu venir (parce qu’il n’avait pas d’héritage ?), il a donc été emmené directement au crématorium. Précision : il n’existe pas de cimetière hindou, les corps sont systématiquement brûlés puis les cendres dispersées dans l’eau Les hindous se réincarnent continuellement à moins de réussir à casser ce cycle infernal par des bonnes actions et passer au ciel. Le première leçon de la sagesse védique, enseigne qu’il n’y a pas de corps mais que des âmes spirituelles qui passent de corps en corps (pas forcément humain).

Lisez le panneau pris en photo sur le corps (désolé pour la qualité, je n’ai pas réussi à faire mieux) lors de ma visite du temple hindou ISKCON temple.

La sagesse védique

 

Les prières en kannada

Pour ceux qui veulent prier le rosaire en différente langue, voici la version en kannada (langue de l’état du Karnataka) :

AnglaisKannadaKannada
Our Father, who art in heaven, hallowed be thy name; thy Kingdom come, thy will be done on earth as it is in heaven. Give us this day our daily bread; and forgive us our trespasses as we forgive those who trespass against us; and lead us not into temptation, but deliver us from evil. Amen.Paralokadalliruva namma thandeye nimma namakke sthothravagali,nimma rajya barali, nimma chitha praralokadalli neraveruva prakara bhoolokadalliyoo neraverali. Namma anudinada aaharavannu indu namage kodiri,namage thappu madidavarannu navu kshamisuva prakara namma papagalannu kshamisiri, kedininda nammannu rakshisiri.  Amen.Prière du Notre Père en Kannada
Hail Mary full of Grace, the Lord is with thee. Blessed are thou among women and blessed is the fruit of thy womb Jesus. Holy Mary Mother of God, pray for us sinners now and at the hour of our death. Amen.Namo Maria prasada poorneye kartharu nimmodane iddare sthriyaralli neevu dhanyaru matthu nimma udarada phalavada Yesu dhanyaru.
Santha Maria devamatheye papigalagiruva namagagi e egalu
namma maranada samayadalliyu prarthisiri. Amen.
Prière du Je vous salue Marie en Kannada
Glory be to the Father and to the Son and to the Holy Spirit. As it was in the beginning is now, and ever shall be, world without end. Amen.Shilubiya guruthu pavithra shilubeya guruthina mulaka namma vairigalindha nammannu rakshishiri namma srveshavara pithana mathu suthinagu mathu pvithrathmana namadalli. Amen.Prière du gloire au Père en kannada

Voir de Bengaluru.

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2 Commentaires "Inde – Visite et mission à Bengaluru"

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Didier
Invité

Merci Marc pour cet excellent compte-rendu. Nous avons regardé toutes les photos et grâce à toi nous découvrons l’Inde et ton parcours.

Bonne continuation

Marie-Christine et Didier