Cambodge – Visite de la région est

Visite de la région est (samedi 6 février – jeudi 18 février 2016)

Kracheh

A 123 km au nord de Kampong Cham, sur le bord du Mekong, la seule chose à visiter est Koh Trong. C’est une ile de 5 km de long, où les Vietnamiens vivent de l’agriculture biologique. Ont fait le tour de l’île assez rapidement, mais c’est suffisant pour une journée de marche en prenant son temps. A environ 17 km au nord de la ville, à Kampie, des excursions sur le Mekong sont organisés pour aller prendre en photos les derniers dauphins d’Irrawaddy. Le problème est (de ce que j’ai entendu dire) que les locaux pourchassent les dauphins afin de donner une chance aux touristes de les prendre photos… Pas très éthique comme méthode. Coût 9 $, plus les touristes sont nombreux, plus le tarif est dégressif. J’ai pu rendre visite à la petite communauté composée de 15 fidèles catholiques, de 2 sœurs et d’un prêtre sud-coréen en mission ici (sa communauté est l’équivalent des MEP).

Stung Treng

Ville sans aucun intérêt qui marque une étape pour ceux qui vont et viennent du Laos (à une soixantaine de kilomètres). Le seul poste frontière Cambodge-Laos est celui qui est le plus corrompu du pays. Tout le monde le dit et tout le monde est obligé de cautionner, car pour avoir son tampon de sortie et d’entrée sur le passeport, il faut payer 2 $ le coup de tampon (normalement c’est gratuit) ; sans compter que du côté Cambodge il faut rajouter 5 $ sur le tarif officiel. Et pour enfoncer le clou, dans la Riverside guesthouse où j’ai logé, une affiche indique clairement de ne rien dire et de payer sous peine d’être abandonné à la frontière… Non personne n’a honte de la corruption, et personne ne s’en cache au Cambodge.

Anlung Chheuteal

Anlung Chheuteal

A 65 km de Stung Treng, ce lieu est situé sur la rive droite du Mekong, juste en face du Laos et de ses 4000 îles. Pour accéder à ce petit coin de paradis, 20 km de bitume et 45 km de route en terre que j’ai parcouru en scooter depuis Stung Treng car les transports en communs sont quasi inexistant. C’est beaucoup de kilomètres de faire l’aller-retour dans la même journée, mais ça en valait la peine (la plupart des étrangers passent une nuit sur place). Le cadeau : voir les dauphins au milieu du Mekong (sans être pourchassés) moyennant 5 $ en bateau (une fortune) ou bien gratuitement si vous avez de bons yeux depuis la rive. Les 2 autres choses que je n’ai pas faites : payer pour voir une petite cascade à 4 km et faire un tour de bateau dans le Ramsar dite « zone humide ».

Ban Lung

Ban Lung

A 140 km à l’est de Stung Treng, Ban Lung est la capitale de la province du Ratanakiri. Au centre se trouve un grand marché où les populations ethniques de la province viennent vendre leurs produits ainsi qu’une petite église catholique en plein centre sur la route principale. C’est assez exceptionnel, car en général elles sont au minimum à 1 ou 2 km et souvent beaucoup plus du centre ville. Le seul prêtre missionnaire sud-coréen (sa communauté est l’équivalent des MEP) dessert cette église depuis plus de 15 ans, pour 22 fidèles catholiques ! Il célèbre la messe seul en semaine à 5h du matin (je n’en connais pas la raison) et le dimanche à 8h. Le temps de mon séjour dans la province, j’ai hébergé chez lui.

2 mots sur la province du Ratanakiri (lisez l’article pour bien comprendre la vie ici) : c’est la province la plus reculée et la moins développée du pays, situé au nord-est du Cambodge, faisant frontière avec le Laos et le Vietnam. La population représente un peu plus de 1 % de celle du pays et d’après ce que j’ai pu lire, l’espérance de vie des hommes et des femmes est de 39 et 43 ans. Les populations ethniques vivent principalement de l’agriculture et de l’artisanat. Les routes pour accéder à Ban Lung depuis Steng Treng et Saen Monourom sont très bonnes. Ensuite, la terre rouge remplace le bitume. A une cinquantaine de kilomètres au nord de Ban Lung, se trouve le parc national de Virachey où des agences de voyages commencent à proposer des treks avec des guides locaux pour visiter un milieu à l’état naturel et sauvage, où vivent des populations indigènes en autarcie.

Lieux visités

  • Eisan Ratanaram Pagoda: à 2,2 km à l’ouest, se trouve une belle pagode bien entretenue ainsi qu’un bouddha couché sur le sommet de la colline ;
  • Yeak Laom Lake: à 4,5 km à l’est, se trouve un beau lac volcanique dans un ancien cratère vieux de plus de 700 000 ans, entouré d’une ceinture de végétation. L’entrée payante (2 $), permet de développer des projets sur le site et de faire vivre les indigènes vivant ici (l’argent ne vas pas au gouvernement). L’on peut faire le tour à pied (700m) ainsi que se baigner habillé. Au pied du cratère, ne pas manquer de s’arrêter au cimetière indigène.

Lieux non visités

Les 2 chutes d’eau Chaa Ong et Ka Tieng, toutes deux à une dizaine de kilomètres.

Ta Veng

Ta Veng

A ~45 Km au nord de Ban Lung, se trouve le village de Ta Veng dans le district de Ta Veng (minorité ethnique Kroeung). Souvent les guides touristiques parlent simplement de Ta Veng et vous montre une ou deux photos, mais sans trop donner d’explication. Avant moi est passé un Allemand avec qui j’ai gardé contact plusieurs jours (il était en avance sur le circuit que le je voulais faire) et qui est passé à Ta Veng en ayant passé la nuit chez l’habitant (mais sans donner de détails). J’ai donc eu envie de découvrir moi aussi Ta Veng village (la capitale du district).

En demandant un peu partout comment faire pour y aller, j’ai fini par trouver une femme du village qui souhaitait s’y rendre. Elle nous a donc trouvé une voiture et me voilà parti dans la nature à la découverte d’un village d’une minorité ethnique. En allant dans une zone reculée et non touristique, je m’attendais vraiment à découvrir de façon marquée les coutumes locales (architecture des constructions, habits traditionnels…) mais même en ayant bien marché dans toutes les directions autour du village, je n’ai rien réellement trouvé de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Ex. : les maisons en bois sont montées sur des pilotis en béton, les locaux sont globalement habillés comme tous les autres Cambodgiens, presque tout le monde à une mobylette, un smartphone, la télévision, des outils mécaniques pour travailler les champs de cultures… Le village est électrifié et très bien couvert avec les réseaux mobiles (internet en 2G). Bref, c’est pour moi un village sécularisé comme un autre du pays qui ne permet pas de découvrir une vie authentique différente du monde d’aujourd’hui (est-ce du aux inondations de 2013 qui ont fait beaucoup de dégâts ?). De même le paysage du coin n’a aucun intérêt, même si la rivière Tonle San permet de prendre quelques belles photos.

S’il y a des restaurants, des boutiques, un hôpital…, il n’y pas d’hôtellerie ; mais je le savais avant de partir et j’avais prévu de dormir dehors. En fin de journée, j’ai discuté avec le seul homme qui parle anglais et qui au fil de la discussion a accepté de m’accueillir chez lui. Très belle rencontre seulement avec Sophea (prononcer « soupir ») car sa femme et ses enfants ne parlent pas anglais. La famille habite dans le village pour quelque mois à cause du travail et Sophea se fait un devoir d’accueillir tous les rares visiteurs de passage. Sympa non ? Le lendemain retour avec la même voiture de la veille dès 5h du matin dans le noir total.

En fait, pour découvrir de beaux paysages, la vie locale et authentique de minorités ethniques, il faut traverser la rivière en bateau et faire 20 km de plus vers le nord pour entrer dans le parc de national de Virachey. Pour cela, passer par une agence de voyage est obligatoire car le parc (en fait la jungle) est dangereux pour celui qui ne le connait pas.

Saen Monourom

Saen Monourom

A 180 km au sud de Ban Lung, me voici arrivé à Saen Monourom la capitale de la province de Mondolkiri. Comme toujours, Saen Monourom est un village sans grand intérêt, mais pratique pour se poser et visiter les environs. Le marché central, permet au villageois de la province de vendre leur produit ici.

2 mots sur la province de Mondolkiri (qui signifie « rencontre des collines ») : c’est une province créée en 1960, qui appartenait avant à la province de Kracheh ; elle fait frontière avec le Vietnam et se situe dans une région vallonnée (de 100 à ~1100 m d’altitude). La minorité ethnique Bunong représente 80 % de la population de la province, ils vivent de l’agriculture. Depuis 2013, la province est maintenant reliée par une très bonne route goudronnée, qui permet de rejoindre Ban Lung vers le nord et Phnom Penh via Kampong Cham, vers le sud. Maintenant que la province est facilement accessible, cela signifie une amélioration considérable de la vie des habitants, mais aussi le risque de voir déferler des touristes en masse, si le tourisme n’est pas contrôlé. Bref, c’est maintenant qu’il faut visiter cette province, encore à l’état naturel. Concernant la religion, tout le monde est quasiment animiste, sauf quelques uns qui sont bouddhistes mais aussi chrétiens (catholiques et protestants). La christianisation s’explique par le fait que des Vietnamiens ont du fuir leur pays durant la guerre du Vietnam et sont venus se réfugier ici.

Visite des environs

Les populations ethniques ne parlant quasiment pas anglais, passer par une agence est donc quasi obligatoire pour découvrir la province et la vie locale. Je dis quasi, car l’on peut bien sûr visiter les villages seuls, mais c’est aussi passer à côté des explications du guide (s’il parle anglais) et de la découverte de la culture locale. Maintenant que la province est facilement accessible par la route, des projets se sont développés dont celui de prendre soin des éléphants maltraités ou bien d’aller faire un tour dans la jungle. Le prix demandé par jour est de 25-40 $ par personnes. L’argent récolté va pour moitié aux Bunong et le reste est répartit pour d’autres projets sociaux, les commissions, les frais d’organisations… Ou alors, sur une journée, il y a le circuit : traversée rapide de 2 villages, la visite des chutes d’eau de Bousra, de voir des plantations de poivres et de finir en prenant soin des éléphants (laver, nourrir et jouer). Clairement, je n’ai vraiment pas été inspiré par tout cela, d’autant que le prix est demandé assez élevé.

Me concernant, je savais qu’il y avait un prêtre catholique colombien (Fr Juan) missionnaire dans les environs et j’avais pu le contacter. A Saen Monourom, il y a seulement une église protestante. Pour avoir la messe du dimanche, 2 frères Maristes de Saen Monourom (communauté catholique), m’ont donc emmené à Dak Dam à 20 km de là. Dans ce petit village en partie christianisé (une vingtaine de catholiques et 200 protestants), se trouve donc 2 églises catholique et protestante. Fr Juan ne vit pas ici, mais il assure la messe tous les dimanches.

Le lendemain, Fr Juan se rendait dans un autre village pour célébrer un mariage et il a accepté que je vienne avec lui. Les 2 jeunes catholiques ne seront baptisés que dans 1 an, mais il les a officiellement mariés par une petite cérémonie (pas une messe). Le mariage en présence des témoins et de la police est donc ensuite officiellement acté au village (tout le monde sait tout sur tout le monde, donc impossible de tricher). A la suite de la cérémonie, un petit repas à base de riz a été offert pour tout le monde (c’est le repas du pauvre). Pour le repas festif du soir et manger de la viande, il faut payer sa place (c’est le repas du riche). Fr Juan me disait que les familles pauvres ne mangeaient que du riz une fois par jour… Nous sommes partis après le repas du pauvre direction Bousra.

Bousra

Bousra

C’est dans ce village de 4000 habitants, à 44 km à l’est de Saen Monourom, que le prêtre à sa mission. Bousra est très connu pour sa chute d’eau à 2 niveaux, située à 5 km avant le village. Afin de développer le tourisme, la route a donc été partiellement goudronnée (il y 20 ans, ce n’était qu’un petit chemin) et une guesthouse est en cours de construction. Le village que peu de touristes visitent, est nettement plus grand et plus agréable que Ta Veng, et les maisons plus traditionnelles. Si une ligne électrique dessert le village, l’électricité n’est pas encore arrivée dans tout le village, c’est donc aux lampes solaires que l’on s’éclaire. Par contre le réseau mobile fonctionne bien, avec un accès internet en 2G.

Dans ce village, il y a 3 églises : une catholique et 2 protestantes. Là aussi, le village est en partie christianisé par des Vietnamiens qui ont du fuir la guerre du Vietnam. Au cours de mes 24 heures passées sur place, j’ai beaucoup discuté avec le prêtre, ce qui m’a permit de découvrir très concrètement le côté missionnaire de l’église catholique et donc de mieux comprendre les réalités locales du pays et de tout ce que j’ai perçu auparavant sans rien comprendre. Cela fait 20 ans, qu’il vit ici seul (il a 51 ans) et sa mission s’arrête dans un an, remplacé par un autre missionnaire. En disant seul, n’imaginez pas qu’il soit isolé du monde, l’église n’est pas simplement qu’un lieu de prières, c’est aussi un lieu social et éducatif tel que compléter l’éducation scolaire des enfants, leur offrir des activités et les nourrir. Pour tout cela, le prêtre est aidé chaque jour par des laïcs.

Pendant que Fr Juan était occupé à donner des cours de mathématiques (à savoir multiplier et diviser), j’en ai profité pour aller voir la fameuse chute d’eau dont tout le monde parle à Saen Monourom. En règle générale, tout le monde arrive du même côté, mais moi par l’autre côté (celui du village). Sans le savoir, je donc arrivé par la route au sommet de la chute d’eau. Les touristes payent pour la regarder d’en bas, moi j’ai vu d’en haut le premier niveau de la chute. Toujours en restant de mon côté, j’ai croisé un homme qui m’a indiqué un petit chemin caché qui descend dans le cirque. J’ai ainsi que j’ai pu admirer la deuxième chute d’eau vu d’en bas, là où les touristes ne descendent pas.

Au final, moi qui n’étais vraiment pas inspiré de prendre un circuit touristique, le Seigneur m’a permit par la rencontre de Fr Juan, de découvrir sous un autre aspect la province de Mondolkiri et cela de façon bien plus nourrissante. Pour une première découverte, cela a donc été un beau cadeau. Deo gracias.

Fin de ma visite au Cambodge

J’ai visité le Cambodge en un peu moins d’un mois et c’est un pays qui mérite d’être découvert maintenant, avant qu’il ne soit pollué par le développement anarchique du tourisme à grande vitesse (2 mois est un minimum). La plupart des étrangers viennent surtout pour visiter Angkor, mais je crois que la vraie richesse est dans la rencontre avec les Cambodgiens loin, très loin des lieux touristiques. Et il faut se dépêcher, car avec l’obsession chronique du gouvernement de vouloir amasser plus d’argent, les relations simples et gratuites disparaissent au profil d’une rencontre onéreuse et ce même dans les coins reculés (ex. de la communauté Bunong dans le Mondolkiri). Pour ceux qui ont l’âme missionnaire, il y a du travail en quantité dans tous les domaines pour pallier aux carences du gouvernement et combattre la corruption.

Traversée de la frontière

J’ai traversé la frontière à Trapeang Sre (à 17 km de Snuol) pour aller au Vietnam. Pour les étrangers fortunés, il y a un minibus depuis Saen Monourom qui part à 8 h et qui va à Kracheh en passant par la frontière. Coût du ticket 12 $. Mais si vous restez dans le minibus pour aller à Snuol (l’arrêt d’après), le ticket n’est que de 5 $. La belle arnaque non ? Me concernant, j’ai pris le ticket à 5 $ et j’ai demandé au chauffeur qu’il me dépose au croisement à 10 km de la frontière et à 7 km avant Snuol. Ayant descendu au croisement, le chauffeur m’a finalement demandé 2,5 $, car il avait compris que c’était mieux que rien (il était obligé de passer à la frontière à cause des autres étrangers). Si le bus que vous prenez ne fait pas de détour à la frontière, descendez à Snuol et prenez une moto taxi ou bien de faites de l’auto stop en descendant au croisement.

La traversée de la frontière ne pose aucun problème particulier. Du côté Vietnam (Hoa Lu), il est possible d’avoir son visa à l’arrivé avec la lettre d’invitation qui va bien et 2 photos d’identités, sinon il faut avoir son visa avant.

Voir les photos des régions nord, est, centre et ouest.

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