Philippines – Aider son prochain

Les Philippines regorgent d’initiatives pour contribuer à améliorer la vie du pays, afin de lutter contre la pauvreté, la violence et la corruption ; la plupart étant concentré dans Metro Manila. En général ceux qui font du volontariat, arrivent en ayant déjà trouvé une association avant de venir dans le pays et tout est déjà planifié. Pour un voyageur comme moi qui planifie peu mon temps en avance, c’est beaucoup plus compliqué. J’aurais pu faire comme la plupart des volontaires en remplissant des feuilles de questionnaires qui s’adressent surtout à ceux qui n’ont jamais non voyagé longtemps et qui ne sont pas sur place. Mais étant déjà sur place, j’ai plutôt préféré toquer aux portes des associations et rencontrer les gens directement, surtout compte tenu de mon parcours particulier. Outre le fait de se rendre compte des choses sur place, j’ai aussi regardé comment les associations étaient capables d’accueillir un invité surprise et si elles étaient intéressées par ceux qui viennent les rencontrer. Voir de belles photos sur internet c’est bien, mais voir ce qui s’y passe sur le terrain de mes propres yeux c’est encore mieux ; et je ne voulais pas rater cette occasion que j’avais.

Aux Philippines, c’est difficile de trouver des informations car peu de personnes et d’associations s’intéressent à ce que font les autres, chacun travaillant presque dans son coin ; même l’église catholique des Philippines qui fait beaucoup de chose pour les plus pauvres n’est pas capable de vous répondre (un comble pour organisation structurée). Les grosses associations (souvent créées par des étrangers) sont assez facile à trouver, car elles ont une bonne visibilité sur internet (capital pour trouver des fonds) ; par contre les petites associations sont difficiles à trouver car elles sont peu visibles sur internet et c’est très difficile de trouver quelqu’un qui sache quelque chose.

Quezon

Associations visitées

Anak-Tnk

Anak-Tnk est une association fondée en 1998 qui ne s’occupe que des enfants de Metro Manila en les prenant en charge sur plusieurs années jusqu’à ce qu’ils puissent être indépendant. Le directeur actuel est un jeune prêtre français des Missions étrangères de Paris, aidé de 6 volontaires français et des dizaines de Philippins salariés. Le directeur ne pouvant pas me recevoir, j’ai donc été reçu par un volontaire pendant quelques minutes qui m’a présenté l’association dans un coin d’une petite pièce. L’association ne prend que 6 volontaires dans le cadre du volontariat et le recrutement ne se fait qu’en France.

Il est quasi-impossible de visiter l’association et encore moins de découvrir concrètement ce qu’elle fait dans les rues, pour ne pas perturber les enfants traumatisés et éviter qu’ils s’attachent à trop de personnes ; la séparation (quand vous leur dite au revoir) risquant de les traumatiser encore plus (c’est véridique). Le volontaire me disait, qu’il préparait cette séparation avec les enfants plusieurs mois avant la fin de sa mission pour que le jour de son départ, tout puisse se passer au mieux pour les enfants…

Par ailleurs, la sécurité est draconienne dans cette association, un visiteur ne peut entrer que sur invitation (dans mon cas j’ai du patienter dans la rue que le directeur revienne), tout le monde est badgé et les portes sont toujours fermées à clé même à l’intérieur des maisons ! Je ne connais pas la raison de cette sécurité, mais cela ressemble assez bien au fonctionnement d’une prison. Bref, dans tous les cas, circulez, il n’y a rien à voir.

He Cares Foundation

He Care Foundation est une association chrétienne fondée en 1996 par des missionnaires laïcs, qui ne s’occupe que des enfants de Metro Manila en leur donnant le nécessaire pour vivre au quotidien. Ils accueillent des volontaires pour des durées variables. J’ai été reçu une dizaine de minutes par la femme du directeur où je me suis présenté et elle aussi. N’ayant pas autorité pour prendre des volontaires, j’ai donc écris une belle lettre qu’elle a transmise à son mari. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un mail lapidaire de quelques mots, me disant que l’association n’avait pas besoin de volontaires à ce moment-là.

Virlanie

Virlanie est une association fondée par un Français en 1992, qui ne s’occupe que des enfants de Metro Manila. Elle propose entre autre un service de logement, un service d’enseignement, des activités manuelles, un service de santé et aussi des programmes dans les rues. Les volontaires sont les bienvenus pour des courts ou long séjours selon les besoins de l’association indiqué sur le site internet. J’ai été très bien reçu par une volontaire qui s’occupe du volontariat, qui m’a donné un peu de son temps pour me recevoir à l’improviste.

Tout le monde peut postuler, il suffit d’aller sur internet pour trouver toutes les informations, d’envoyer un curriculum vitae et de répondre à un questionnaire de 7 pages. Si vous êtes accepté, il faudra fournir en plus un certificat médical et une copie de votre casier judiciaire ! L’organisation est stricte, il faut forcément suivre les procédures, peu importe la situation de chacun. Personnellement, le questionnaire de 7 pages m’a rebuté et la réponse se fait sous 2 semaines ; c’était trop limite à cause de l’expiration de mon visa et je ne voulais pas prolonger mon séjour aux Philippines sans être sûr de faire quelque chose.

Gawad Kalinga

Gawad Kalinga

Gawad Kalinga est une association nationale bien connue au Philippines qui s’occupe des enfants et des familles dans leur globalité (nourriture, travail, logement) en mettant en place plusieurs programmes éducatifs, sociaux, culturel… Les volontaires étant les bienvenus, je suis donc passé un jour au siège social, mais j’ai trouvé un bâtiment sans aucune information et qui était fermé (porte et fenêtres).

Je suis donc allé un samedi dans le quartier GK Espiritu Santo, où se trouve une cuisine qui nourrit des enfants. Pas de chance, la cuisine est fermée le week-end mais les habitants du coin sont allés me chercher la responsable qui habite à côté. Après une bonne rencontre, je suis revenu la semaine suivante pour aider à préparer les repas. La mission de la cuisine entre 8h et 12h : préparer près de 500 repas chaque jour pour de jeunes écoliers de 2 écoles dans le quartier voisin avant 10h30. Le repas est très simple : une mini portion de riz et des légumes avec quelques morceaux de viande. Régulièrement, il y a des volontaires qui viennent mais pas la semaine où je suis allé, ce qui m’a permit de mieux rencontrer les 2 permanents qui travaillent tous les jours ici.

J’ai eu aussi la chance un jour de pouvoir visiter une école et de voir ainsi les écoliers manger avec enthousiasme les plats que nous leurs avons préparés. L’école pour les petits écoliers est gratuite, mais il n’y a pas de système de restauration, c’est donc Gawad Kalinga qui en préparant ces repas, permet à des enfants de se nourrir au minimum une fois par jour du lundi au vendredi.

Au final, je n’ai pu aider qu’une semaine (en mars), puisque c’était la dernière semaine scolaire avant les vacances d’été. Tout le monde est donc le bienvenue du lundi au vendredi, de 8h à 12h en période scolaire uniquement.

Sinon, il y a aussi Enchanted Farm à une quarantaine de kilomètres au nord de Manila, qui est une ferme d’agriculture biologique qui accueille des volontaires pour tous types de travaux. Je n’ai pas visité ce lieu, puisque je voulais rester sur Manila.

Missionaries of Charity

Les sœurs missionnaires de la Charité (connues sous le nom de sœurs de mère Teresa de Calcutta), sont assez bien implantées aux Philippines. Lorsque je suis arrivé aux Philippines en septembre 2016, je suis allé les rencontrer au nord de Manila (Tayuman Street, derrière Immaculate Conception Church) afin de leur rendre service. Outre la communauté qui est un lieu de formation pour les novices, il y a 2 centres : un orphelinat qui accueille des bébés et des enfants abandonnés ou ceux que les familles ne peuvent pas garder tous les jours, et un centre pour les adultes qui ne peuvent plus vivre par eux-mêmes.

Ici, tout le monde est le bienvenu quelque soit ses croyances, les 2 centres vous accueillent tous les jours (la première fois, c’est mieux de venir le matin). Les sœurs ne refusent jamais une aide, même s’il y a trop de monde pour aider. En fait, les centres sont assez petits est le plus gros du travail est le matin ; l’après-midi étant assez calme. Si aider les adultes est assez simple, aider les enfants demande du temps et de la patience, c’est plutôt recommandé à ceux qui viennent sur plusieurs jours. Personnellement, durant le temps où j’ai aidé, je me suis arrangé pour éviter de venir les jours où des étudiants venaient donner un coup de main à intervalle régulier ; lorsqu’il y a trop de monde, c’est étouffant. Cela dit, si vous souhaitez découvrir la charité chrétienne, c’est ici que vous la trouverez.

Associations non visitées

Preda Foundation

Preda Foundation est une association fondée par un prêtre colombien, située à Olongapo à 130 km au nord-ouest de Manila, qui s’occupe de sortir des enfants des abus, des exploitations, de la prison en leur offrant un logement et en les éduquant. Les volontaires sont les bienvenus pour tous types d’activités ou bien simplement pour une visite. Je n’ai pas visité cette association, puisque je voulais rester sur Manila.

Life Project For Youth

Life Project For Youth est une association internationale qui a pour objectif d’aider des jeunes à créer leur propre entreprise et donc à devenir entrepreneur. Il y a 2 maisons aux Philippines ; j’ai voulu visiter celle de Manila, mais les visites ne sont pas autorisées pour ne pas distraire les jeunes. En fait, une visite organisée est possible uniquement dans le cadre d’un projet bien précis ; ce qui n’était pas mon cas. Toutes les informations sont sur le site internet, si… celui-ci veut bien fonctionner.

Manila

La qualité des relations

Souvent nous sommes appelés à faire un don en se fiant aux informations données par l’association elle-même et parfois par des témoignages des volontaires qui y ont travaillé. Personnellement, au-delà de donner de l’argent, je souhaitais aussi découvrir où va l’argent que je donne et mieux découvrir les associations sur le terrain, surtout celles qui s’occupent des pauvres loin des pays développés. J’ai eu cette opportunité de le faire en étant sur place, ce qui m’a permis de porter un autre regard sur la relation qu’ont les associations avec le monde extérieur.

Si beaucoup d’entre nous se contentent simplement de donner, personnellement j’essaye d’aller plus loin que le simple geste financier en regardant aussi la qualité des relations humaines, avec la chance d’être directement sur le terrain. Lorsqu’une visite est prévue, les relations sont faussées par l’organisation de la visite (ex. : le président arrive dans notre service dans 5 minutes, vite il faut que le bureau soit bien rangé et que rien ne traine par terre, sinon il va être en colère). Lorsqu’une visite n’est pas prévue, les relations sont authentiques, parce que l’on est obligé d’être soi-même et cela révèle en partie l’état d’esprit intérieur de l’association. La qualité des relations est pour moi un critère de discernement important, qui me permet entre autre de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Me concernant, une chose est sûre : une association qui ne s’intéresse pas aux visiteurs, ne mérite pas que je m’intéresse à elle, ni que je la soutienne.

La transparence

Dans un monde où la corruption est partout, la seule façon de s’en sortir est d’être transparent. Autrement dit, ne rien cacher de ce que l’on fait, ni de la façon de faire quelque chose. On parle souvent de transparence financière, avec un tiers extérieur qui vient certifier les comptes. Mais être transparent, c’est aussi montrer concrètement ce que l’on fait en permettant aux visiteurs ou aux donateurs de constater de leur propre yeux ce qui s’y passe ; autrement dit, ne pas se satisfaire de ce que l’on dit, mais de voir ce que l’on fait (la parole et les actes). C’est pour moi le meilleur moyen pour établir un lien de confiance entre les associations et les donateurs, car une association qui cache des choses, par principe, ne peut pas gagner ma confiance.

Manila

Faire un don

Si tout le monde devait appliquer systématiquement les 2 critères de discernement que je viens de donner ci-dessus pour faire un don, peu d’associations en bénéficieraient. Toutefois, il y un troisième critère qui est plus grand que les 2 premiers : celui de donner avec son cœur. Autrement dit, soit je donne sans aucun a priori, soit je ne donne pas ; dans tous les cas ne pas donner si l’on n’est pas en paix avec son geste.

Aux philippines, j’ai beaucoup été sollicité par de vrais pauvres qui te remercient quelque soit ton geste, par des charlatans qui essayent de te voler, par des associations en tous genres… chacun essayant de gagner de l’argent dans un pays où la corruption est omniprésente. Je me suis donc beaucoup interrogé sur comment être généreux sans que l’on me prenne pour une vache à lait et être en paix avec moi-même et avec les autres. Il n’y a pas de réponse toute faite, mais les 3 critères de discernement donné ci-dessus m’ont permit de trouver un certain équilibre avec mes convictions. Cela fonctionne très bien avec les personnes morales, mais aussi avec les personnes physiques  ; surtout le critère de la qualité de la relation.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Qu’auriez-vous à partager ? N’hésitez pas à dire quelque chose dans les commentaires.

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